Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : le grand jour… ou presque

le grand jour ou presque

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Déjà 52 jours que je suis tombée.

52 longues journées où le temps est suspendu et que ma vie quotidienne est sur hold.

Si le pire est passé, la guérison totale, elle, se laisse désirer. Et teste ma patience à son maximum.

Mais aujourd’hui, c’est le grand jour !

Après les 5 semaines prévues à ma convalescence, où j’ai dû porter une botte orthopédique qui me donne l’air d’un robot et entrave la plupart de mes mouvements, je vais voir l’orthopédiste pour savoir où en est le progrès de ma cheville amochée.

J’étais plutôt fébrile ce jour-là. Je me suis levée tôt, j’étais heureuse d’avoir une trop rare occasion de sortir de la maison même si c’est pour aller dans un hôpital.

Je ne sais pas si c’est une coïncidence, mais le jour où je suis tombée, il neigeait, le jour où on a retiré mon plâtre aussi et il tombait également quelques flocons ce matin-là. Est-ce qu’il y avait quelque chose à comprendre ?

Bof, parfois je ne m’interroge pas trop longtemps sur les hasards de la vie.

Bref, ce jour-là, je suis vraiment impatiente de savoir ce qui m’attend et j’ai vraiment l’impression que ça y est. Je vais enfin pouvoir marcher, retrouver ma liberté et reprendre ma vie où je l’ai laissée, il y a 52 jours.

Longue attente en radiologie, la glace est beaucoup plus destructrice en ce début janvier qu’en novembre, moment où j’ai eu affaire à elle. Les patients avec des attelles, des plâtres, des béquilles et des fauteuils roulants s’entassent dans la salle d’attente et se succèdent les uns après les autres sous les rayons X.

J’ai le temps de sympathiser avec une dame qui a l’épaule brisée et un homme au fémur fracturé, résultat de chutes sur la glace pour eux aussi. On déplore la température, les contraintes face à nos blessures et les faiblesses du système de santé québécois, bien que dans mon cas les planètes aient été alignées pour que je sois prise en charge rapidement, il n’en est rien pour la gentille dame qui a dû attendre 22 heures à l’urgence avant de voir un médecin. 

Après mon passage sous les rayons, c’est avec confiance que j’entre dans le bureau de mon orthopédiste pour entendre son verdict à la suite de l’évaluation de mes radiographies.

« Tu sais que ce n’est pas une fracture standard que tu as là. »

Évidemment.

Quand je me casse quelque chose, ça ne peut pas être de façon normale. Il fallait que je trouve le moyen de me fracturer la cheville de façon non conforme.

« Alors ta réadaptation sera plus longue et plus complexe que pour une fracture habituelle. »

Bien sûr.

Ce serait trop facile de simplement enlever ma botte, et que tout soit beau.

Bon, je ne m’attendais pas à ce qu’elle me dise : « lève-toi et marche ». Mais j’espérais quand même qu’elle me dise qu’après juste un peu de travail en physiothérapie, je serais en mesure de reprendre ma vie comme avant.

Eh bien non, je dois porter ma botte encore deux semaines avant de pouvoir mettre du poids sur mon pied et au moins une semaine supplémentaire avec celle-ci pour m’aider à marcher.

L’image où je prends ma voiture dans quelques jours pour retrouver une partie de ma liberté s’estompe une fois de plus. Je dois la mettre de côté pour encore 3 semaines au moins.

Sur le coup, le découragement pointe de nouveau à l’horizon, mais je le mets vite de côté quand elle m’apprend que je pourrai quand même commencer la physiothérapie dès le lendemain.

Enfin, des sorties hors de la maison pour aller me délier les jambes et me permettre de faire quelques pas (allô le jeu de mots) vers la guérison.

Elle m’explique aussi qu’étant donné que je ne fais pas un travail de bureau (je suis éducatrice) et que je bouge et me déplace beaucoup dans le cadre de mes fonctions, je ne peux retourner au travail sans être rétablie à 100 %.

Elle me donne donc mon prochain rendez-vous… dans 6 semaines. 

37 jours précisément.

Plus que la moitié des journées que je viens de passer.

« Mais ça guérit bien »

C’est ce qu’elle me dit avant de quitter son bureau.

Ben coudonc, m’a me contenter de ça pour l’instant.

Ma « fracture non standard » guérit bien.

Dès le lendemain, je me lève, gonflée à bloc, prête à appeler dès l’ouverture le bureau de la CNESST pour leur faire mon rapport et surtout, appeler la clinique de physiothérapie la plus proche de la maison pour obtenir mon premier rendez-vous.

J’ai décidé de voir le côté positif : le pire est derrière moi.

Je vais suivre les recommandations à la lettre, me reposer… et enfin réaliser que je devrais profiter du temps que j’ai à la maison. Et faire des choses que je me plains de ne pas avoir le temps de faire en général.

Comme cuisiner, binge-watcher des séries sur Netflix, écrire encore et toujours plus de textes et surtout dormir le matin. Maintenant que la douleur n’écourte plus mes nuits, je vais rattraper les heures de sommeil qui étaient manquantes avant même mon accident.

Et me dire que la vie fait parfois bien les choses même dans le chaos.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : les sentiments contradictoires

Chroniques d'une hyperactive au repos forcé : les sentiments contradictoires

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Noël est passé, le chum est retourné travailler et le fils fait son possible pour me remonter le moral. Et surtout… profiter du fait que sa maman ne peut pas sortir ni conduire pour enchaîner les heures à jouer sur sa console de jeux. Mais on se fait aussi des journées pyjamas à boire du thé et regarder des films. À 12 ans, je me dis que c’est l’fun de pouvoir étirer ces petits plaisirs qu’on voit disparaître à mesure que l’adolescence fait son apparition.

La prochaine étape de ma guérison pointe à l’horizon, mais pour l’instant, les heures ont recommencé à s’écouler lentement dans ce calendrier de jours de congé non sollicité.

Après une accalmie où, contre mauvaise fortune bon cœur, j’ai accepté la situation avec optimisme, je passe maintenant par une nouvelle phase : celle des sentiments contradictoires.

Je m’explique.

Après avoir vu mon entourage passer à travers le mois complètement fou de décembre et arriver à Noël la langue à terre, je me suis réjouie un instant de ne pas être dans le même état d’esprit qu’eux. Je me reposais. Je n’avais pas à me précipiter dans les magasins pendant mes heures de pause pour faire 1001 courses. Je n’avais pas à me rendre à des événements pour le blogue et conduire dans les embouteillages. Je n’avais pas à cuisiner des plats d’avance pour espérer gagner de précieuses minutes dans le rythme effréné de la routine hebdomadaire. Je n’avais pas d’autre choix que d’attendre et prendre soin de moi.

Même si on ne m’a jamais autant dit à quel point j’avais l’air zen et reposée que dans ce mois où ma vie était sur pause le temps de me rétablir, j’étais quand même triste d’avoir tout manqué.

Depuis que je suis en arrêt, je vis dans une espèce de bulle où je suis coupée du monde et où je n’ai que très peu de responsabilités.

Et c’est là que mes contradictions prennent tous leurs sens.

J’aime ça. Et je n’aime pas ça.

J’aime, l’espace d’un instant, que personne ne dépende de moi. Je suis contente de ne pas avoir à mettre le cadran, je n’ai pas le blues du dimanche, je ne me sens pas bousculée, je ne cours pas après mon souffle, je n’ai pas à aller m’entraîner pour me sentir mieux dans ma peau, je ne stresse pas à propos de la routine, du quotidien, du temps qui manque, de ma voiture, de mes relations avec mes collègues de travail.

J’aime la bulle qu’on a momentanément formée au-dessus de ma tête.

Mais en même temps, je ne l’aime pas.

Je n’aime pas cet univers lisse, dénué de surprises, de spontanéité, d’heures qui s’écoulent à ne rien faire. Le sentiment d’échec de ne pas m’accomplir, le sentiment d’être seule au monde, de sentir mon corps inactif s’alourdir et devenir de moins en moins souple me pèse. L’absence de personnes avec qui socialiser autrement que derrière un écran est lourde. Le contact de ma peau avec l’air et le soleil, la liberté de conduire ma voiture, de prendre de grandes marches pour m’aérer l’esprit me manque. J’ai l’impression que je perds mon temps et qu’il ne reviendra jamais.

Tout ceci pour avoir l’impression d’être la personne la plus indécise de la Terre.

Et la personne qui se pose le plus de questions.

Est-ce que j’aime assez ma vie quotidienne pour y revenir et la reprendre comme avant ? Est-ce que c’est le temps de faire les changements qui s’imposent pendant que j’ai le temps d’y penser réellement ? Est-ce que tout ceci est normal comme état d’esprit ? Comment puis-je savoir si la vie ne m’envoie pas le signe que je devrais méditer plus sur ce que je veux ou ne veux pas ? Que je devrais prendre ce temps d’arrêt pour en faire ressortir quelque chose de mieux !

Avoue que tu penses que je suis trop intense.

Que je devrais juste lâcher prise et me reposer tout en sachant que tout ceci n’est que temporaire !

Que je devrais juste regarder Netflix, faire des siestes, lire des livres, prendre mon mal en patience et en profiter pour tous ceux qui aimeraient tellement avoir du temps pour faire tout ça !

Ouais, peut-être.

Ou peut-être que non.

Contradictoire que je te dis.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.



Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : trouver le positif

Chroniques d'une hyperactive au repos forcé

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Bon, je crois que je me suis assez lamentée sur mon sort dans les dernières chroniques. Une chute, deux fractures, une opération, de la douleur, un délire de morphine, de l’apitoiement, de la déception, du découragement, de la fatigue, de l’impuissance, une impression de ne plus servir à rien.

Un moment donné, faut passer à autre chose.

Je suis en vie. Je n’ai pas une maladie grave et je serai sur pied dans un avenir rapproché et pourrai reprendre ma vie comme avant, avec un minimum de séquelle, je l’espère et surtout un mauvais souvenir à classer afin de passer à autre chose.

J’ai repris des forces, la douleur s’estompe et n’apparaît plus qu’à l’occasion lorsque je dors la nuit, des nuits trop courtes, mais ça, ce n’est rien à comparer aux premières semaines.

Ma peau cicatrise lentement, laissant de petits morceaux d’épiderme se détacher tel un serpent. Lorsque les plaies seront complètement refermées, je compte bien badigeonner de vitamine E les deux longues cicatrices qu’elles ont laissées sur chaque côté de ma cheville, afin de tenter de les estomper, elles qui auront gravé mon corps à jamais.

Mon chum et moi, on s’est retrouvé.

On ne s’était pas perdu, on avançait dans la même direction l’un à côté de l’autre, mais on était sur le cruise control. On connaissait le chemin, mais on regardait chacun droit devant sans dévier de l’horizon pour échanger ne serait-ce qu’un petit clin d’œil pour s’encourager.

Même quand il a décidé de prendre 3 semaines de vacances pour jouer les infirmiers et m’aider dans ma nouvelle réalité quotidienne, j’avais peur qu’on soit chacun de notre côté. Qu’il soit là pour m’aider à prendre ma douche ou préparer à manger, mais qu’on ne trouve pas les mots ou notre complicité d’autrefois pour passer au travers des journées dans le même espace.

La vie m’a confirmé que j’avais choisi le bon. No mather what.

Mais au-delà de mon corps qui se répare tout doucement, mon esprit prend aussi conscience de plusieurs choses.

Les gens qui sont là pour nous ne sont pas toujours ceux sur lesquels on aurait misé et ça, ça remet les choses en perspective à bien des niveaux.

Quand je suis tombée, j’ai reçu des centaines de messages dans les jours qui ont suivi : le lendemain, après mon opération, quelques jours après aussi.

Des mots touchants, venant pour la plupart de personnes qui gravitent dans mon quotidien de manière régulière. Des paroles réconfortantes et surtout très appréciées lorsque j’étais rendue au plus profond de ma solitude.

Des appels, de la visite, des textos. Des petites attentions qui mettaient un baume sur mon cœur et qui me donnaient l’impression d’occuper une petite place dans leurs pensées.

Des messages de personnes que j’ai à peine côtoyées, mais avec qui l’amitié et les mots vont au-delà de la présence physique. Merci, Sylvie L., c’est important pour moi de te le dire ici, parce que je sais que tu me lis. Tes messages hebdomadaires me font du bien. Toujours. Même si j’ai l’impression que je ne les mérite pas. Merci aussi Chantal, tes mots sont toujours un baume sur mon coeur.

Mais j’ai reçu aussi des petits coups au cœur, de légers pincements vifs et brefs mais qui saisissent.

Venant de personnes que je n’aurais pas soupçonnées.

T’sais les personnes à qui tu t’es toujours dévoué et qui occupent une place importante dans ton quotidien et ton cœur.

Tu réalises que ces pincements sont bien réels et te font prendre conscience que ceux sur qui tu pensais pouvoir compter ne sont finalement pas disposés à le faire, et ce, pour plusieurs raisons. Des bonnes, mais surtout de moins bonnes raisons.

Mais qu’est-ce que je peux y faire ?

Me laisser abattre ?

Penser que je ne compte pas vraiment pour ces personnes finalement ? Faire le choix de devenir égoïste et me concentrer sur moi avant de vouloir leur faire plaisir, vouloir les gâter, vouloir être présente, vouloir être à leur écoute ?

Non.

Parce que ce n’est pas dans ma nature.

J’ai beau recevoir des petits électrochocs directs dans le cœur, je ne veux pas couper le courant.

J’aime trop donner, trop aimer, trop laisser ma petite touche personnelle dans la vie des gens qui comptent pour moi.

Mais je peux être plus sélective, mieux choisir les cibles à qui j’ai envie d’envoyer du love et du beau.

Parce que malgré la douleur, la noirceur, les coups durs, y’a du positif dans tout.

Faut juste le trouver.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : passer à côté de l’effervescence des Fêtes

Les chroniques d'une hyperactive

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Je suis tombée le 19 novembre.

35 jours avant Noël.

Noël, ma fête préférée de toute l’année.

Celle qui m’a fait une réputation de « freak du temps des Fêtes ».

Alors que je croyais être rétablie juste à temps pour enfiler ma robe à paillettes, cuisiner des biscuits, faire la tournée des magasins pour trouver les plus beaux cadeaux, organiser de beaux repas avec ceux que j’aime, admirer les décorations extérieures le soir en me promenant en voiture et jouer dans la neige avec mon fils, c’est plutôt à m’apitoyer sur mon sort que je passe le mois de décembre cette année.

Je n’ai pas la force de cuisiner, heureusement que mon chum est là pour me préparer autre chose que des smoothies,des grilled-cheese et des bols de céréales.

Pas la force de faire mes petites bouchées sucrées salées légendaires cette année. À moins que ma tête de cochon prenne le dessus et que je puise dans mes réserves d’énergie pour en faire quelques jours avant Noël, question d’avoir l’impression que rien n’a changé cette année.

J’ai passé à peine quelques heures dans les magasins à me faire regarder avec pitié assise dans mon fauteuil roulant poussée par mon chum qui déteste magasiner.

Mes cadeaux seront sans surprise cette année, je n’ai pas pu déambuler à ma guise, en prenant le soin d’entrer dans chaque boutique pour trouver le petit cadeau qui fait toute la différence. J’ai même dû raccourcir ma dernière visite pour terminer mes achats puisqu’il n’y avait plus de fauteuil roulant et que j’étais épuisée de marcher avec mes béquilles parmi la foule. C’est d’ailleurs incroyable le nombre de commerces qui ne sont pas adaptés pour recevoir les personnes à mobilité réduite. Il y a réellement de quoi s’indigner sur le sujet.

J’ai adopté le linge mou en permanence.

Depuis que je n’ai plus mon plâtre et qu’on m’a donné une botte orthopédique, je peux recommencer à porter des vêtements plus ajustés, mais ceux-ci doivent rester confortables. Je ne peux donc pas porter des jeans, comme je le fais habituellement tous les jours. J’ai bien enfilé une robe pour mon party de Noël au travail, mais comme j’y suis passée en coup de vent, je suis plutôt restée sur ma faim côté outfitsfestifs. 

Côté organisation de repas, je suis très loin de Martha Stewart.

Bon, je ne représente pas l’image de la parfaite hôtesse de maison même lorsque je ne suis pas blessée, mais je désirais organiser le réveillon chez moi cette année avec ma belle-famille. J’ai dû me contenter de recevoir mes amies lors du brunch de Folie Urbaine où je n’ai presque rien préparé, Ariane et Karine apportant tout ce dont j’avais besoin ou presque.J’ai au moins eu la chance de sortir ma nouvelle nappe achetée en solde chez Simons lors du Black Friday et de dresser une belle table. Je passerai donc un Noël très tranquille puisque mon chum travaille le 24 et le 26 et que je serai confinée à la maison à attendre son retour. Mon fils et moi risquons de faire le plein de câlins… et peut-être qu’on va se bourrer la face de pâte à biscuits pas cuite et de bouchées sucrées salées.

Je ne peux aller prendre de grandes marches, glisser avec mon fils, patiner ou faire de la raquette, moi qui en ai reçu une paire au printemps dernier et qui attendais avec impatience les premières bordées de neige pour aller me perdre dans le bois. Quelque chose me dit qu’elles vont rester dans le cabanon cette année.

À moins qu’on ait de la neige jusqu’en avril. Ça, ça se peut.

Je n’ai pas utilisé ma voiture depuis mon accident puisque c’est la cheville droite qui se retrouve immobilisée jusqu’à j’sais pas quand.

C’est le plus long délai sans prendre le volant depuis que j’ai mon permis de conduire. Et même si je ne suis pas fervente des longs trajets en voiture, ma liberté me manque et surtout la possibilité d’aller admirer les décorations de Noël et les marchés éphémères qui ont lieu un peu partout pendant cette période. Pas question d’aller me promener à Montréal, si belle sous les flocons et les lumières.

La magie de Noël passe tout droit cette année, mais elle reviendra en force l’année prochaine.

Je l’espère.

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : la lenteur de la guérison

Chronique d'une hyperactive

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Deux jours après l’opération, quand les antidouleurs ont fini par agir sur ma cheville plutôt que sur mon cerveau, j’ai commencé à reprendre momentanément le dessus.

J’ai eu la chance d’être bien entourée.

Mes hommes toujours fidèles au poste pour m’aider et m’épauler.

Mes parents sont venus faire du ménage et me porter de la bonne bouffe.

Ma belle-maman est venue me tenir compagnie et me cuisiner de la soupe.

Mon beau-papa m’appelait personnellement pour prendre des nouvelles.

Les messages publics et privés sur Facebook me remontaient le moral.

Ma meilleure amie bien que physiquement loin de moi m’encourageait à distance.

Mes collègues de travail m’ont empêché de culpabiliser de les laisser en plan durant une des périodes les plus achalandées de l’année.

J’ai cessé de me morfondre le temps de leur sollicitude.

Parce que j’étais contente de voir que je comptais pour un plus grand nombre de personnes que je pensais.

Mais la vie étant ce qu’elle est, elle finit par reprendre son cours normal.

L’actualité laisse toujours place à d’autres nouvelles plus récentes, plus sensationnelles, plus captivantes.

Jennifer qui s’est cassé la cheville, ça te donne une couple d’émojis tristes ou wouah sous ton statut, des « bons rétablissements » ou des conseils, mais rien de plus.

Je ne suis pas en train de mourir.

Heureusement.

Mais reste que je tombe vite dans un état où je me demande ce que je vais faire de mon temps, de mes journées et de mes humeurs pour les semaines à venir.

Le vendredi du Black Friday, 4 jours après l’opération, j’ai vécu probablement ma pire journée. Cette journée-là devait pourtant être la meilleure de l’année, je t’explique pourquoi ICI.

Ce matin-là, je me suis levée avec le cœur gros, les larmes prêtes à couler et la mine triste. La douleur, je la ressentais ailleurs que dans ma cheville.

Pathétique, mon affaire ? Aux yeux de certains, peut-être.

Mais pour moi, c’était une journée difficile. Celle que je devais vivre chez moi plutôt qu’à l’endroit où j’aurais vraiment aimé être.

J’ai donc magasiné en ligne, la journée m’a coûté probablement plus cher que ce qu’elle devait me coûter au départ.

Faire des achats sous le coup de l’émotion n’est jamais une très bonne idée.

Mais ça fait taire la douleur physique et émotionnelle le temps de quelques clics.

Et quand les paquets ont commencé à arriver quelques jours plus tard.

Les jours suivants se sont passés dans une sorte de lenteur. Mon quotidien oscillait toujours entre le repos, l’exaspération, la colère, la résignation, la douleur, les nuits agitées, le sevrage d’antidouleurs, la lecture, l’écriture, la télévision, et surtout beaucoup trop de temps sur les réseaux sociaux.

Les tâches ménagères s’accumulaient un peu trop vite à mon goût, malgré l’aide de mes hommes. Contempler les miettes sur le tapis et la vaisselle qui s’empile parce que je ne peux la transporter d’une pièce à l’autre sans risquer de faire des dégâts me rend folle. J’ai en horreur les pyjamas et le linge mou que mon gros bandage demi-plâtré me force à porter. Je m’ennuie de mes jeans skinny.

Je rêve de tremper dans un bain, me contentant de ma douche téléphone, le corps à moitié dans la baignoire, entre le chaud et le froid. En ayant toujours la crainte de glisser ou de mouiller son bandage.

Je n’en peux plus de l’engourdissement qui s’installe dans mon corps. Mes membres perdent vite leur vitalité, mes muscles sont de moins en moins visibles, sauf ceux de ma jambe gauche qui supportent mon poids. Je ne sais pas si je vais me retrouver avec un corps disproportionné dans quelques semaines, mais ça se peut que j’aie la fesse gauche plus ferme que celle de droite.

Je n’ai pas mis le pied dehors avant 5 jours qui m’ont semblé 5 semaines. Le samedi suivant mon opération, j’ai ressenti le besoin de retrouver un semblant de vie normale et d’aller faire l’épicerie. Je me suis maquillée, ayant besoin d’un peu plus de fond de teint pour cacher mon teint pâle de fille confinée à l’abri des rayons du soleil. J’ai mis mon linge mou le plus fashion et je suis partie avec mes hommes. La voiture a pris des allures de carrosse de Cendrillon, même les routes que je prends chaque jour avaient des allures de royaume enchanté.

Après 3-4 allées de supermarché à maîtriser les béquilles, j’ai vite réalisé que je ne serais pas superwoman pour les prochaines semaines. Ma tête tournait, mes jambes étaient molles et mon souffle un peu défaillant. C’est incroyable à quel point le corps humain peut se transformer en quelques jours à peine.

Je suis revenue à la maison brûlée, mais heureuse d’avoir vu un peu de lumière. Même si c’est surtout celle de l’allée des produits surgelés.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : les premiers jours

chroniques d'une hyperactive

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Après l’opération, dont je ne garde qu’un vague souvenir, heureusement, j’ai vite compris que je n’allais pas pouvoir remarcher normalement de sitôt. La douleur est vite apparue après la disparition des derniers bienfaits de l’anesthésie.

Une douleur vive, pas agréable du tout.

Le genre de douleur où tu dois te parler en maudit pour ne pas hurler et te mettre en petite boule pour pleurer. Je faisais ma tough, encore une fois, sachant que j’étais loin d’être la patiente la plus éclopée de l’hôpital, mais j’avais hâte que les antidouleurs fassent effet et surtout, de retrouver le confort de ma maison pour y dormir pendant 12 heures d’affilée.

Aussitôt le congé signé, je mettais le pied hors de l’hôpital, chancelante, affaiblie par les émotions de la journée et mon jeûne des 24 dernières heures. Avec des nausées accompagnant mon retour à la réalité après un voyage dans les vapes, je me concentrais ben fort à ne pas vomir sur la banquette de la voiture.

Je prenais le chemin de la maison.

L’endroit où j’allais passer les 6 prochaines semaines minimum.

J’avais beau aimer ma maison, elle devenait la cage dorée où j’allais être enfermée contre mon gré pour les prochains jours.

Certains diront que j’exagère. Que c’est plaisant d’être au repos et que je devrais en profiter.

On me l’a beaucoup dit dans les heures qui ont suivi. Et d’autres sages paroles du même genre.

« Profites-en pour te reposer, Jen. »

« Tu vas pouvoir relaxer, prendre du temps pour toi. »

« Ça tombe bien, tu n’arrêtes jamais, la vie t’envoie peut-être un signe que t’en faisais trop. »

« Ce n’est pas la fin du monde, prends-le comme des vacances. »

« Au moins, tu es sur la CNESST, tu vas être payée pour rester chez toi et tu vas pouvoir prendre le temps de guérir. »

Toutes des phrases censées me réconforter.

Oui, on rêve tous de pouvoir prendre du temps pour soi, de marquer un temps d’arrêt pour se ressourcer et reprendre des forces.

Certes, c’est l’fun de ne pas avoir à s’inquiéter de ses factures et de ses paiements, sachant que mon salaire continuera à être déposé toutes les deux semaines. Si j’étais tombée chez moi, ça ferait beaucoup plus mal au portefeuille, surtout à 6 semaines de Noël.

J’ai acquiescé à tous ces sages conseils censés me réconforter.

Oui, ils sont véridiques.

Mais à ce moment-là, je ne voulais pas les entendre.

Je devais être inactive pour un minimum de 2 mois !

Est-ce que quelqu’un pouvait comprendre quelle catastrophe ça représentait pour moi ?

Tu parles d’une fille qui n’arrête jamais.

Qui a toujours 1001 projets, des événements, des sorties, des endroits à visiter, des choses à faire. D’une fille qui a toujours eu beaucoup d’indépendance et de liberté et qui n’aime pas dépendre des autres.

Tu lui demandes de mettre une grosse partie de sa vie sur pause et de l’accepter sans broncher et sans chialer sous prétexte que ce n’est pas la fin du monde ?

Les premiers jours, c’était encore plus difficile.

La douleur, la fatigue constante après le moindre effort. Le fait de dépendre de mon chum ou de mon fils pour me laver, pour me nourrir. Apprivoiser les béquilles, le poids du bandage sur mon pied. Le reste de mon corps qui croule sous la douleur de devoir supporter ma silhouette sur une seule jambe.

Les larmes qui vont et viennent, celles causées par la douleur, les autres causées par la colère que ce soit arrivé à moi.

Les effets secondaires des antidouleurs sur une fille qui n’a jamais pris de drogue, fumé de cigarette et qui ne boit ni alcool ni café. Un beau mélange de tremblements, de confusion, de maux de cœur. De la morphine dure pour une fille qui accepte difficilement de prendre des Tylenols quand la situation l’exige, c’est rough sur le corps et l’esprit.

Après trois jours, j’ai déjà commencé à agir bizarrement.

J’étais seule à la maison, j’étais en sueur juste après avoir trouvé l’énergie nécessaire pour me faire un smoothie pour déjeuner et réussi à laver mon comptoir.

Ces deux simples gestes avaient réussi à me vider de mon énergie. Je me suis assise, dans le silence de ma maison vide et j’ai fixé le mur devant moi pendant de longues minutes.

Je me suis mise à fixer les ustensiles dans le rack à vaisselle et j’ai pensé à Tom Hanks.

Oui, oui, Tom Hanks dans le film Seul au monde.

J’ai commencé à me dire que j’allais devenir amie avec mes fourchettes, que je leur donnerais des noms, que j’allais leur parler et commencer à leur imaginer des scénarios.

Ça y est, je suis folle.

La morphine ne contrôle pas juste la douleur, elle contrôle aussi le côté rationnel de mon cerveau.

J’ai chassé ces pensées aussi bizarres qu’inattendues de mon esprit et je suis retournée me reposer.

Dans les jours suivants, j’ai dû faire le deuil de mon agenda chargé des prochaines semaines. J’ai dû renoncer à ces petites cases remplies sur mon calendrier du mois de décembre, moi qui attendais ce moment avec impatience. C’est probablement ce qui m’a fait le plus mal dans le constat des effets à long terme de ma condition.

Moi qui adore lire et écrire, j’ai mis plus de 7 jours avant d’ouvrir un livre ou écrire quelques lignes. Les idées pour faire ces chroniques se bousculaient dans ma tête, mais j’étais incapable de les coucher sur papier. Je n’arrivais même pas à terminer la lecture d’un article de blogue alors la perspective de me plonger dans les nombreux romans que j’avais à lire ne m’enchantait pas non plus.

Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait.

Mon esprit paranoïaque se disait même qu’il y aurait la Jennifer avant l’accident et la Jennifer après. Est-ce que c’est possible de ne plus être la même personne à la suite d’une chute, et ce, même si je ne me suis pas cogné la tête ?

Mon esprit partait dans toutes les directions.

T’sais le genre de chose que fait ton cerveau quand t’as le temps de trop penser justement ?

Ça promet pour les semaines à venir…

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.

Les chroniques d’une hyperactive au repos forcé : la chute

Chroniques d'une hyperactive

C’était un lundi matin comme les autres.

Banal, routinier, sans surprises. Rien de suspect au réveil ou dans les minutes suivantes pour me faire comprendre que ça pouvait être une journée de marde.

Tout se passe dans les temps, je pars à l’heure, je suis un peu ralentie par cette neige qui ne cesse de nous surprendre avec son arrivée hâtive pour un mois de novembre.

Gagnée par cette effervescence que représente l’approche de l’hiver et de Noël, je syntonise même ma playlist de classiques du temps des Fêtes sur mon téléphone pour m’accompagner sur la route.

Bing Crosby sera le dernier à chanter It’s beginning to look a lot like Christmas avant que j’arrive au travail et que tout dérape, au propre comme au figuré.

Il est 6 h 59. C’est l’heure qui s’affiche sur mon téléphone, redevenu silencieux. Il y a déjà deux voitures dans le stationnement. Celle de ma collègue qui ouvre la garderie et qui arrive toujours avant moi, et celle d’un parent qui est déjà en train de marcher vers la porte avec son enfant. Je ne suis pas en retard. Il est 6 h 59. On ouvre à 7 h.

Je prends mes sacs, je ferme les portes de ma voiture et je me dirige vers l’entrée, prête à commencer une nouvelle semaine d’éducatrice, comme je le fais depuis maintenant 16 ans.

Le reste est imprimé dans ma mémoire pour longtemps. Peut-être même pour toujours.

Je ne fais que 3 ou 4 pas et je me sens brièvement partir sur le côté.

Et c’est la chute.

Une chute rapide, lourde, un peu n’importe comment.

Digne des sketches de la défunte émission Drôle de vidéos pour les plus vieux, digne des ratés de la semaine de l’émission Vlog pour les plus jeunes.

Sur le coup, juste un gros mot.

Un CAL*?%* bien fort et bien senti.

Mais ensuite, la douleur.

D’abord à peine perceptible, celle qui te donne confiance que ce n’est qu’une chute comme toutes les autres. Une chute banale comme on en fait souvent et qu’on classe rapidement dans les petits moments poches d’une journée.

Mais ensuite la vraie douleur.

Celle qui irradie dans ton corps au complet, qui te fait apparaître une petite sueur dans le cou et qui te fait comprendre que cette fois-ci, tu ne t’es pas manqué. Celle qui fait monter la panique dans ta gorge et aussi les petites larmes dans tes yeux.

Tu veux faire ta forte et croire que ce ne sera que passager. Qu’étant donné la vitesse à laquelle ça s’est passé, il est normal que tu prennes le temps de reprendre ton souffle et qu’en te concentrant sur les signaux de ton corps, tu arriveras à prendre le dessus !

La face à moitié dans la neige, je me suis mordu l’intérieur de la joue. Je tentais de me concentrer pour savoir si le craquement que j’avais entendu en tombant était le bruit de mes sacs qui s’affaissent sur le sol ou le bruit d’un os. J’ai prié fort pour que la bonne réponse soit A. Pendant 2 minutes, je suis restée là, à me demander ce que j’allais faire. La maman était déjà à l’intérieur, je lui ai épargné le spectacle de ma chute.

Cela restera une chute sans témoins.

Juste moi, une petite neige folle, une belle plaque de glace et les planètes de la malchance alignées au-dessus de ma tête, et qui feelaient pour faire un mauvais coup un matin de novembre.

Une voiture arrive dans le stationnement. Je dois avoir l’air bizarre étendue sur le sol, mes affaires éparpillées autour de moi, les yeux remplis d’eau, de mascara et de douleur. Un gentil papa s’approche pour constater les dégâts. Pendant quelques minutes, son enfant restera dans la voiture et ne sera pas sa priorité. Je lui en suis reconnaissante. Ne sachant pas trop quoi faire sur le coup, je ne peux lui en vouloir. Lui non plus ne s’attendait pas à ça ce matin quand son réveille-matin a sonné.

Il m’offre de m’aider à me relever afin de me mettre au chaud à l’intérieur et constater mon état. Je prends appui sur lui et réussit à faire quelques pas. Douloureusement, mais quand même. J’arrive à mettre du poids sur mon pied, ce que je qualifie de bon signe étant donné les circonstances. Qui ne s’est pas déjà fait dire que si tu peux marcher dessus, c’est parce que ce n’est pas cassé ? On s’improvise tous un peu docteur dans des situations comme ça.

Mais une fois à l’intérieur, j’ai compris.

Je ne pouvais pas marcher dessus. Je n’aurais pas dû marcher dessus, mais je l’apprendrai seulement quelques heures plus tard.

Par la suite, tout est allé vite. Ma collègue est apparue par magie à côté de moi le temps de me dire qu’elle allait chercher de la glace. La maman qui était déjà à l’intérieur a ramassé mes sacs, une autre est arrivée avec ses deux garçons et m’a demandé de lui montrer ma cheville.

Elle est infirmière.

C’est bon ça, une infirmière, ça me rassure un peu. Mais ce soulagement ne dure qu’une fraction de seconde. Je le vois dans ses yeux qu’elle veut rassurants, mais qui parlent malgré tout. La glace ne sera pas suffisante. Un petit temps de repos non plus.

Je ne pourrai entamer ma journée comme je l’avais prévu.

La vie a d’autres plans pour moi ce matin.

Une autre maman arrive (décidément, c’est un lundi achalandé comme il y en a parfois) et m’offre d’appeler ma patronne pour l’avertir que je ne pourrai rester. Je me rends à la cuisine, où nous accueillons les enfants et je me retrouve assise à côté de ceux qui déjeunent. Je peux dire qu’ils se désintéressent vite de leur toast et de leur bol de céréales en me voyant essayer de ne pas m’effondrer en larmes devant eux. J’ai mal, mais je ne veux pas les traumatiser, les pauvres cocos. Une éducatrice les réconforte avec le sourire lors de leurs propres chutes, je dois les laisser faire la même chose avec moi.

Je prends mon cellulaire pour appeler mon chum. Évidemment, je ne pourrai me rendre seule à l’hôpital, ça me prend du renfort. Brève conversation, l’essentiel est dit, il comprend vite la panique dans ma voix, promets de venir me rejoindre le plus rapidement possible.

Changement de plan en quelques secondes à peine, une autre maman entend ma conversation et m’offre, tel un ange tombé du ciel, de me reconduire elle-même à son lieu de travail, l’hôpital Pierre Le Gardeur. Celui où j’ai accouché, où mon fils a été admis en pédiatrie, celui où mon chum s’est fait soigner sa pancréatite, l’hôpital où mon fils s’est fait enlever l’appendice.

Le seul endroit où je me dois d’aller en ce moment.

J’accepte avec reconnaissance, le chum m’y rejoindra. Accolade de courage par ma collègue, câlins des petits cocos présents, je clopine jusqu’à la porte, ne sachant pas quand je vais revenir.

À suivre…

Photo de signature pour Jennifer Martin.